Grotte Mandrin – Ca tourne

Çà tourne, à Malataverne…

C’est un matin de la fin avril, à Malataverne. Pour l’occasion, le soleil fait son apparition. La veille, il pleuvait. Autour de la grotte Mandrin et du chantier de fouilles, des silex refont surface… Nous voilà propulsés 50 000 ans plus tôt.
Christian Trubert a revêtu une peau de renne de sa confection, aidé par son habilleur du jour, Toomaï Boucherat. Un vieux couple ces deux-là, unis par l’amour des sciences qui questionnent nos ancêtres et notre humanité. Tour à tour ils font l’acteur, pour les besoins de la vulgarisation. Mais leurs armes et leurs parures ne sont pas des élucubrations, elles sont le fruit de l’expérience…

“L’archéologie expérimentale”… Késako ?

Eh bien c’est la spécialité de nos deux comédiens, venus prêter leur science et leurs silhouettes au documentaire de Rob Hope [1]. Tandis que Christian vise l’objectif de sa flèche préhistorique, Toomaï Boucherat, chercheur en archéologie expérimentale au CNRS d’Aix-en-Provence, nous raconte… “Il s’agit de vérifier, de prouver ou d’invalider par l’expérience, les thèses avancées par nos doctorants en archéologie”. Rien de moins…
La grotte Mandrin, il connait bien. Il y était encore l’été dernier, entouré de ses étudiants. “Nous avons reproduit les techniques de chasse de nos ancêtres, à partir des pointes de silex retrouvées ici et des travaux de recherche de Laure Metz”, poursuit-il. Une chèvre fraîchement abattue a encaissé la salve préhistorique. “Il est aussi possible d’étudier les impacts balistiques sur un animal en mouvement, grâce à un système de balancier”, précise l’expert pointilleux, et soucieux du sérieux de l’affaire. Suit après l’autopsie et l’étude des traces laissées par les projectiles, sur les os de l’animal. De la biquette aux ossements millénaires, on tire enfin la substantifique mœlle… Et un enseignement palpable sur la vie de nos ancêtres.

Outils d’époque et plastique ancestral

Dehors, le vent souffle fort et anime la chevelure chamanique de Christian Trubert, fondateur de l’association “SILEX Fac-Similé”. D’un geste sûr, il propulse la lance d’un autre temps sur les flancs de Roucoules ou ceux d’un cheval sauvage imaginé. Des hordes passaient là à coup sûr, lorsque les glaciers léchaient encore les frontières de la cité des Adhémar. Le TGV l’a aujourd’hui remplacé… Le Rhône d’hier n’avait pas la même allure, mais il comptait tout autant pour nos lointains parents. Doués de leurs dix doigts et des méninges, en osmose avec la nature, ces-derniers savaient tirer partie de leur environnement. C’est là-bas, de l’autre côté du Rhône qu’ils se fournissaient en silex de la meilleure qualité. C’est à partir d’un mélange de miel et de résine de pin, ou bien avec de l’écorce de bouleau argenté, qu’ils produisaient une colle aussi solide que nos plastiques modernes. Ce liant tenace fixait le silex à la sagaie, elle-même supportée par la hampe… Tout un art – de la chasse – déjà finement élaboré.

La grotte Mandrin se dévoile…

Derrière la caméra, Rob Hope [2] tourne donc ce printemps un documentaire entièrement consacré à la grotte Mandrin de Malataverne. Il connaît bien le travail du Docteur L. Slimak [3]et son équipe, qu’il suit depuis longtemps. D’ailleurs, il avait déjà évoqué la grotte Mandrin dans son précédent film « Descente… Un passage à travers le temps », projeté au foyer de Malataverne, en juillet 2013.
Depuis les 1ères campagnes de fouilles des années 1990, la notoriété du site n’a cessé de croître au sein de la communauté scientifique. Ces travaux ont mis en évidence une succession d’au moins 12 installations humaines, riches de nombreux vestiges lithiques et paléontologiques parfaitement préservés, sur les dernières sociétés néendertaliennes et la prime origine du Paléolithique supérieur. Après 23 ans de recherches, l’équipe d’archéologues et la grotte Mandrin livrent enfin quelques-uns de leurs secrets, qui donneront lieu à plusieurs publications importantes en cours d’année, dans la presse spécialisée.
Une strate en particulier a retenu l’attention des chercheurs, riche d’une industrie de type “Néronienne” (caractérisée par les pointes de Soyons) et “coincée” entre plusieurs passages de Néandertal… Elle promet de bouleverser la connaissance actuelle de notre préhistoire, à la croisée de Neandertal et d’Homo Sapiens. Le documentaire de 52 minutes de Rob Hope, en partie financé par la commune (5000 €).

[TEASER] Pionniers du Paléolithique… from Rob Hope on Vimeo.


Pour aller plus loin :

  • La grotte Mandrin sur le site de la commune.
  • Compte-rendu de l’avant-première du film “Crépuscule néandertalien pour aube moderne”, au foyer de Malataverne le 16 octobre 2015.
  • Le site internet de Rob Hope
  • En 1995, Christian Trubert a fondé “SILEX Fac-Similé”. Cette association basée en PACA est entièrement consacrée à la vulgarisation de la Préhistoire, du Big-bang à l’Age des Métaux. Elle organise de nombreux stages en direction des adultes (poterie, taille du silex, travail du cuir et tissage…), mais sa vocation première est l’enseignement aux enfants, par la mise en place d’ateliers Patrimoine et de Projets d’Action Educative. Découvrez ces activités sur : www.silexfacsimile.com
  • Toomaï Boucherat est chercheur associé au CNRS mais également animateur du Musée des Amis de Castrum, de Châteauneuf-les-Martigues. À l’origine consacré à la Préhistoire, ce musée s’est diversifié et c’est l’ensemble de l’histoire de Châteauneuf-les-Martigues et de quelques sites du pourtour de l’étang de Berre qui y sont exposés. Comme son complice, Toomaï intervient dans les écoles ou accueille les scolaires au musée. Il est également principal auteur d’une bande dessinée pédagogique, “Le grand abri. La vie d’un clan il y a 9 000 ans en Basse Provence”, paru aux éditions actiliamultimedia.


Notes

[1] (voir plus bas)

[2] Rob Hope est cinéaste et journaliste scientifique, spécialisé dans les sciences naturelles et l’archéologie

[3] chercheur au CNRS, il dirige les fouilles archéologiques de la grotte Mandrin.